Une lettre pour toi, qui as appris, sans même t’en rendre compte, à faire moins de bruit.
Tu te souviens ? Tu parlais avec les mains, tu t’enthousiasmais pour presque rien et tu racontais ta journée à toute vitesse en mélangeant tout. Tu chantais faux sans complexe, tu dansais n’importe comment.
Tu avais des passions bruyantes. Un dessin animé, un caillou ramassé dans la cour, une idée qui te traversait au milieu du repas : tout méritait d’être raconté tout de suite, en entier, avec les gestes. Tu posais mille questions par jour. Tu aimais fort, tu pleurais fort, et tu ne demandais à personne la permission de prendre de la place.
Tu te levais le matin avec des choses à dire. Tu entrais dans une pièce et tu la remplissais, sans le faire exprès, juste parce que tu étais là.

Tu étais vivant(e) comme savent l’être celles et ceux qui n’ont pas encore appris à s’excuser d’exister pleinement.
Le jour où on t’a demandé de baisser le son
Puis, un jour, quelqu’un a levé les yeux au ciel.
Ce n’est jamais un grand drame. C’est trop discret pour ça. C’est un silence d’une seconde de trop après ta phrase. Deux personnes qui échangent un regard pendant que tu parles. Un « ok, ça va, on a compris » lâché en souriant, mais pas tout à fait pour rire.
Souvent, ça commence par un détail minuscule. Un jour, tu racontes quelque chose qui te rend heureux(se), les yeux qui brillent, et au milieu de ta phrase, tu vois l’autre regarder ailleurs. Rien de méchant. Juste une seconde. Mais tu la sens, cette seconde. Tu la ranges quelque part. Et la fois d’après, sans t’en rendre compte, tu raccourcis un peu ton histoire.
Ou alors c’est un anniversaire. Tu ouvres un cadeau, tu cries de joie, tu sautes presque, et quelqu’un rit, mais pas avec toi : de toi. « Oh là là, calme-toi. » Tu ris aussi, pour faire comme si. Mais quelque chose, en dedans, prend note qu’il faudra, la prochaine fois, se retenir un peu.
Quelqu’un t’a dit que tu parlais trop. Quelqu’un a imité ta façon de rire devant les autres. Quelqu’un a soupiré devant ton enthousiasme, avec ce petit air qui voulait dire : calme-toi, tu es fatigant(e).
Peut-être que c’était sur une photo de classe, où on t’a demandé de sourire « normalement ». Peut-être à une table de famille, où être vivant(e) est vite devenu être « un peu trop ». Peut-être un professeur, un parent débordé, un premier amour qui t’a trouvé(e) « intense », comme si c’était un reproche.
Comment on apprend à se faire tout(e) petit(e)
Alors tu t’es calmé(e). Petit à petit. Tu as commencé à rire moins fort, puis moins souvent. Tu as raconté tes journées en quelques phrases, puis presque plus du tout. Tu as appris à répondre « pas grand-chose » quand on te demandait quoi de neuf, alors qu’avant, tout te semblait nouveau, immense et digne d’être raconté.
Personne ne t’a jamais dit clairement : « éteins-toi. » C’est ça, le plus perfide. On ne te l’a pas ordonné, on te l’a fait comprendre. Par des silences, des regards, des « tu es sûr(e) ? », des « tu ne trouves pas que tu en fais un peu beaucoup ? ». Et toi, comme un enfant intelligent, tu as appris la leçon sans qu’on ait eu besoin de te la répéter.
Ça s’est logé dans ton corps sans que tu le décides. Tu as appris à mettre ta main devant ta bouche quand tu ris. À commencer tes phrases par « je sais pas, mais… ». À glisser une idée du bout des lèvres, pour voir si elle a le droit d’exister avant de vraiment la dire. Tu as appris à relire ton message trois fois pour retirer le point d’exclamation de trop, celui qui laissait voir que ça t’emballait.
Et un jour, le plus silencieux de tous : tu n’as plus eu besoin de personne pour te faire taire. Tu étais devenu(e) ta propre censure. Tu entendais le soupir avant même qu’il arrive. Tu te disais calme-toi toute seule, tout bas, à l’intérieur.

Ce n’est pas toi, c’est ce qu’on t’a transmis
On appelle parfois cela devenir adulte.
Mais c’est faux.
Devenir adulte, ce n’est pas s’éteindre. C’est apprendre où, et avec qui, tu as le droit de briller.
Ce n’est pas la maturité qui t’a éteint(e). Ce sont certaines personnes, à certains moments, qui n’ont pas su accueillir ta lumière. Peut-être parce qu’elle leur rappelait tout ce qu’elles avaient elles-mêmes appris à retenir.
Et la plupart ne t’ont pas fait de mal exprès. Certaines t’aimaient sincèrement. Elles t’ont simplement transmis ce qu’on leur avait transmis : que déborder, c’était risqué, qu’il valait mieux rester petit(e) pour rester tranquille. On ne peut pas offrir une liberté qu’on ne s’est jamais autorisée soi-même.
Et puis regarde bien : ta joie ne dérangeait pas parce qu’elle était mauvaise. Elle dérangeait parce qu’elle était libre. Et la liberté de quelqu’un, quand on a passé sa vie à se contenir, ça pique. Ça rappelle tout ce qu’on n’a pas osé. Alors, plutôt que de sentir ce manque, c’est plus facile de faire taire celui ou celle qui, lui, ose encore.
Car les gens qui se moquent de l’enthousiasme sont souvent des gens qui ont perdu le leur. Ta joie réveillait en eux quelque chose qu’on leur avait pris. Alors, sans toujours en avoir conscience, ils t’ont transmis ce qu’on leur avait transmis.
C’est ainsi que la tristesse voyage. De personne éteinte en personne éteinte. De génération en génération.
Mais toi, tu peux arrêter la chaîne
Mais toi, tu peux arrêter la chaîne.
Pas en devenant quelqu’un d’autre. En redevenant, tout doucement, celle ou celui que tu étais avant qu’on te demande de baisser d’un ton.
Ta joie n’est pas morte. Elle s’est simplement mise à l’abri. Elle attend que tu lui montres qu’elle peut revenir sans être punie.
Elle sera prudente, au début. Elle a été grondée trop de fois. Elle va tester le terrain, revenir par petites touches, guetter ta réaction pour voir si, cette fois, elle a le droit de rester. Sois douce avec elle. Ne la fais pas taire encore une fois.

Et tu verras, elle revient plus vite qu’on ne le croit. Dans une chanson chantée trop fort dans la voiture. Dans un fou rire impossible à retenir. Dans une passion qui reprend soudain toute la place.
Et si on me rejette encore ?
Je sais à quoi tu penses. Tu te dis : « Facile à dire. Mais si je reprends toute ma place, on va encore s’éloigner de moi. »
Cette peur est légitime. Tu as déjà payé le prix, une fois. Ton corps s’en souvient. C’est même pour ça qu’il t’a fait taire : pour te protéger, pour que tu ne revives pas ce rejet.
Mais voici ce que cette peur ne te dit pas.
Les gens qui s’éloignent quand tu reprends ta taille normale ne t’aimaient pas moins fort. Ils aimaient ta version réduite, celle qui ne les dérangeait pas, celle qui ne leur rappelait rien. Ce n’est pas de l’amour, ça. C’est du confort.
Et quand quelqu’un part parce que tu prends trop de place, ce n’est pas une punition. C’est une information. Ça te dit, sans un mot : cette personne n’était pas pour la vraie toi.
Ça fait mal, oui. Mais c’est un mal qui fait de la place. De la place pour celles et ceux qui t’attendaient en entier.
Par où recommencer, sans te faire peur
Personne ne te demande de tout rallumer d’un coup. Ta joie a besoin de réapprendre qu’elle est en sécurité, et ça se fait par étapes.
D’abord, toute seule. Chante à tue-tête dans la voiture, fenêtres fermées. Danse dans ta cuisine sans témoin. Réécris ce message enthousiaste, et cette fois, envoie-le avec le point d’exclamation. Regarde bien : le ciel ne te tombe pas dessus.

Puis, avec une personne sûre. Cette amie, ce proche avec qui tu te sens libre. Raconte-lui ta journée en entier, sans la version courte. Emballe-toi devant elle pour ce qui t’emballe. Laisse-la voir la vraie quantité de toi.
Et enfin, un tout petit débordement, dehors. Un rire que tu ne retiens pas. Un avis donné sans le faire précéder de « je sais pas, mais… ». Une idée posée sur la table, entière.
Chaque fois, tu apprends la même chose à ton corps : je peux être moi, et rester en vie.
Reprends aussi ce loisir que tu avais « arrêté par manque de temps », alors qu’en vérité, tu l’avais rangé le jour où quelqu’un l’a trouvé bizarre.
La première fois, tu te sentiras peut-être presque coupable.
Ris quand même.
Ris fort. Parle avec les mains. Raconte tout, mélange tout. Redeviens un peu trop enthousiaste, un peu trop vivant(e), un peu trop toi pour les personnes qui préfèrent tout ce qui ne déborde jamais.

Ceux qui se réchauffent à ta lumière
Oui, certaines personnes s’éloigneront. Celles qui ne t’appréciaient qu’en version baissée. Laisse-les partir sans te justifier pendant des heures. Elles ne se réchauffaient pas à ton feu, elles vérifiaient juste qu’il restait bien petit.
Les bonnes personnes ne te trouveront pas fatigant(e).
Elles ne chercheront pas à diminuer ta lumière.
Elles s’y réchaufferont.
Tu les reconnaîtras vite. Ce sont celles avec qui tu ris sans te surveiller. Celles à qui tu racontes ta journée en entier sans avoir peur de les lasser. Celles qui te disent « raconte encore » au lieu de « ok, on a compris ». Celles qui, quand tu t’emballes pour quelque chose, s’emballent un peu avec toi.

Et elles te diront : reste comme ça.
Celles-là, garde-les !!
@tuvasprendresoindetoi
Si ces mots ont réveillé quelque chose en toi, sache que réapprendre à t’accorder de la valeur et à occuper ta place, ça se travaille en douceur, une étape après l’autre. C’est tout le cœur du programme que j’ai créé pour toi.











